La partie sud du GR 20

La Corse. Tout le monde ou presque la connaît. On a tous été émerveillé par ses villages pittoresques et ses plages paradisiaques qui bordent les côtes de cette région de France, belle et ensoleillée comme tant d’autres mais pourtant unique en son genre. De loin on voit les montagnes qui peuplent le centre de l’île et qui semblent inaccessibles. D’ailleurs, quand on est en bas, on ne s’imagine pas s’épuiser à grimper en haut rejoindre les nuages. On y gagnerait quoi ? Peut-être la vue. Mais ça ne vaut sans doute pas tant de peine.

Et pourtant si… Et les sentiers à l’intérieur des terres ont tellement plus à offrir.

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La tête de Maure est le symbole de la Corse mais aussi celui de la Sardaigne.

Pour lire une carte en Corse

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capu — sommet
punta — montagne
monte — montagne exceptionnelle
bocca — col
lavu —  lac
pozzi — puits

Lexique

cairn — petit tas de cailloux
dalle — zone rocheuse compacte
vire — chemin naturel entre un mur rocheux et le vide


Les étapes

 

Samedi 23 juin 2018

Le refuge d’Asinau ayant brûlé, la première étape du parcours est modifiée et plutôt que de faire une journée de marche de Conca à Palini, on prévoit de démarrer du col de Bavella à 1218 m pour rejoindre directement I Croci en allongeant ainsi un peu la distance.

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On profite alors de la première journée pour découvrir les environs qui offrent un site superbe où il y a moyen de faire de magnifiques boucles sur le Punta de Velaco et le Punta Bigornu à 1451 m en direction de la Croce Leccia.

 

 

 

On expérimente les premiers passages techniques en se faufilant entre ces énormes cailloux. On se dit que ce n’est pas mal comme passage technique et on ne sait pas à cet instant qu’on est très loin de ce qui va suivre les prochains jours. On suit le guide. On pose les pieds précautionneusement pour tester l’adhérence de la semelle sur la roche, on cherche des mains toutes les aspérités qui se présentent pour s’agripper. On passe. Le sac à dos aussi.

Dimanche 24 juin 2018

Le premier réveil est très matinal. À 4h15 les paupières sont encore lourdes mais pas déjà les jambes et c’est plein de motivation qu’on s’apprête plus ou moins soigneusement. On plie proprement son pyjama et on bourre énergiquement son duvet dans le sac.

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Le soleil se lève à peine sur la terrasse du refuge où on prend le déjeuner. En ce début de semaine, c’est le cœur léger qu’on admire la beauté du paysage et qu’on goûte au plaisir simple du contact pur avec la nature. On ne prête pas attention au léger manque de sommeil et on entame avec joie les premiers kilomètres du parcours.

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  • punta di l’Acellu à 1588 m
  • punta di l’Arjettu à 1591 m
  • punta di Vacca à 1611 m
  • bocca di u Pargulu à 1662 m
  • refuge d’Asinau à 1536 m

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  • vue sur le bocca Stazzunara 
  • bocca di Chiralba à 1743 m
  • refuge I Croci à environ 1600 m

Le passage technique est un peu impressionnant. Jérémy nous explique comment attraper la chaîne et comment se déplacer sur la dalle. Avec une facilité déconcertante il nous aide sans se tenir à quoi que ce soit alors que nous n’imaginons pas un seul instant lâcher ce bout de ferraille qui nous retient de dévaler la pente.

 

Quoi qu’il en soit, on y est est. Le GR20 est sous nos pieds. Et sous nous yeux. La vue qu’il offre sur les alentours est imprenable. C’est le mot qui convient le mieux car il semble qu’aucune photo ne permet de rendre les sensations éprouvées sur place.

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Devant nous se dresse la crête cariée comme aime l’appeler Jérémy.

Le ciel se couvre. Les nuages se font de plus en plus sombres et menaçants. On casse la croûte rapidement et on couvre son sac de la protection contre la pluie tout en terminant de mâcher. Les précautions ne sont pas veines car l’orage ne tarde pas à se manifester. De grosses gouttes se mettent à tomber sans donner le moindre espoir d’accalmie. Au contraire. La veste contre la pluie ne sert d’ailleurs bientôt plus à rien car l’averse est telle que nos vêtement s’imbibent de partout et l’eau remontent sous les couches imperméables. On accélère le pas même si ça ne change plus rien et c’est complètement trempés, jusqu’au slip  et aux chaussettes, qu’on aperçoit le refuge I Croci.

Mais l’arrivée est un soulagement de courte durée.

Dans la bergerie humide, on essaye, sans trop y croire, de faire sécher nos affaires sur des clous oubliés dans les murs. Le moral en prend un coup et l’idée de courir entre deux averses pour apporter ses affaires au dortoir ne fait qu’intensifier cette désagréable sensation d’inconfort. Finalement après une douche et un stratagème pas très naturel pour sécher les chaussures avec la chaleur évacuée par le groupe électrogène, on retrouve un peu le sourire près du feu à l’intérieur.

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Lundi 25 juin 2018

C’est avec quelques vêtements pendus au sac pour les faire sécher au soleil en marchant qu’on entame la nouvelle étape du jour.

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  • ancien GR20
  • bocca di l’Agnone à 1570 m
  • arete a Monda à plus de 1800 m la ligne de crête alternant d’un versant à l’autre
  • bocca di Suragheddu à 1805 m
  • refuge d’Usciolu à 1750 m

Le plus compliqué pour se déplacer entre les formations rocheuses est de penser au sac à dos qui peut nous bloquer dans nos mouvements. Même si on parvient à passer habilement les jambes de l’autre côté, le matériel est encore derrière et capable de faire perdre l’équilibre. Tomber par terre est une chose mais basculer dans le vide en est une autre.

 

Arrivés avant la pluie au refuge, on s’entasse dans la cuisine exiguë pour sortir le fromage et le saucisson. Il y a peu de place et lorsque la pluie s’annonce, arrive avec elle de nouveaux randonneurs qui s’engouffrent dans cet espace réduit et qui nous menacent de leur capes ruisselantes dangereusement proches de nos vêtements secs.

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On se console en se disant qu’on pourra bientôt rejoindre la tente et rester ainsi protégé le temps que la pluie cesse. Mais c’est sans compter sur les aléas de la randonnée qui peuvent s’enchaîner. La tente est quelque peu inondée et les matelas de fortune baignent dans une grande flaque… Heureusement on n’est jamais seul en montagne et quand on n’a plus la force de chercher une solution un autre prend action pour donner un coup de main. En deux temps trois mouvements l’eau est évacuée et on peut s’installer.

 

Puis comme tous les soirs, la météo s’est calmée et on peut profiter de rester au grand air. Avec tout de même un peu de liqueur de myrte fait maison pour se réchauffer. Et pour se faire plaisir aussi tout simplement.

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On retrouve la crête cariée qui se trouve derrière nous désormais. On la voit à gauche qui forme un petit renfoncement dans la ligne d’horizon.

Mardi 26 juin 2018

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  • monte Furmicula 1981
  • bocca di Laparo 1525
  • bocca di Rapari 1614
  • punta Cappella 2041
  • refuge de Prati à 1820 m

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  • bocca d’Oru à 1840 m
  • col de Verde à 1289 m
  • relais San Petru di verdi

Le chemin est escarpé sur quelques kilomètres mais avec le beau temps et le peu de passages accidentés par rapport aux étapes précédentes, on marche d’un bon pas. Le décor ressemble à celui des autres jours mais on ne cesse pas de s’émerveiller pour autant et le moindre détail nous enchante.

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Cependant un nouveau passage technique se présente. On voit la balise blanche plus loin donc on se sait sur le bon chemin sans pour autant le voir… On ne comprend pas où passer car tout ce qu’on peut voir est une dalle sur laquelle on s’imagine déjà en train de glisser.

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Quoi qu’il en soit, la fatigue ne nous atteint pas et on accélère le rythme pour atteindre le refuge de Prati où on prendra le temps de casser la croûte. Comble du bonheur, on a des tablettes de chocolat en dessert récupérées telles des trophées du refuge d’Usciolu.

On atteint le refuge après avoir traversé le passage le plus difficile du circuit : une route goudronnée s’étend après le bois devant notre point d’arrivée.

Mercredi 27 juin 2018

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  • bergerie des pozzi à moins de 1800 m
  • pozzine
  • refuge de Capanelle à 1586 m
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On s’écarte du GR 20 pour faire un aller retour vivifiant vers les pozzine.

Dans les pozzine, on enlève les chaussures pour marcher sur les pelouses. L’eau froide s’écoule entre les orteils et procure une agréable sensation de fraîcheur à nos pieds qui passent bien trop de temps serrés dans les chaussures. Le paysage est digne de ce qu’on peut voir dans les magazines et on réalise alors qu’on l’a fait aussi : on a marché jusqu’à un de ces endroits du monde qui nous paraissait jusqu’alors inaccessible.

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On découvre le décor bucolique tout en pierres de la bergerie avec ses anciennes caves à fromage et son espèce de couloir à traite des chèvres. Mais le berger n’est pas déjà monté avec ses bêtes car il y a encore assez pour les nourrir sur les terres en bas.

 

Le décor change encore une fois pour rejoindre le refuge de Capanelle avec plusieurs passages par dessus de petites cascades d’eau translucide. Il s’agit de ne pas se manquer en sautant d’une pierre à l’autre pour traverser au risque de finir avec les pieds mouillés.

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Jeudi 28 juin 2018

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  • lac de Bastani à 2089 m
  • monte Renoso à 2352 m
  • tête de Maure
  • vue sur le lac de Niellucio

La marche jusqu’au lac de Bastani est sans véritable difficulté. Ce n’est que lorsqu’il s’agit de monter encore plus haut et de parcourir ne serait-ce que quelques mètres dans les plaques de neige que les choses se compliquent un peu. Ça glisse et les bâtons ne sont pas d’une grande aide pour se retenir.

 

À hauteur de a tête de Maure, la vue est impressionnante. L’épais voile de nuages qui recouvre la vallée à nos pieds augmente notre sensation d’isolement. Un sentiment d’épanouissement plutôt que de peur – peur de l’absence de tout repère et du vide qu’on devine – nous envahit et on aimerait rester ici.

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Vendredi 29 juin 2018

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  • bergeries de Scarpaccedié à 1500 m
  • bergeries d’Alzeta à 1553 m
  • bocca Palmente à 1640 m
  • forêt territoriale de Vizzavona
  • Vizzavona à 920 m

L’étape est beaucoup plus boisée que rocheuse, ce à quoi le GR20 ne nous a pas habitués. La bergerie aux volets rouges contraste au milieu des plants d’épinard verts.

 

On traverse des cours d’eau claire et froide entourés de petites chutes qui s’y déversent presque silencieusement. Ces faibles torrents recouvrent les quelques gros cailloux humides et troncs d’arbres pourris qui forment un chemin potentiel d’une rive à l’autre. Parfois le pied manque sa cible et on se retrouve avec la chaussure complètement imbibée. On atteint enfin une clairière ou l’on se pose quelques instants. Si on prend la faible peine de faire encore quelque pas en avant vers le bord du précipice et qu’on se retourne, on admire alors la vue derrière nous. Comme pour nous faire réaliser ce que nous avons traversé et nous faire apprécier ce que nous avons enduré, on dirait que le décor a été planté là exprès.

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Au milieu des bois, les moustiques s’acharnent lors de notre arrêt et on reprend rapidement la route après le repas. Malheureusement cela raccourcit fortement le temps qu’il nous reste sur le GR20 et on arrive tôt à l’hôtel où on boit un dernier verre avant de prendre la navette pour rejoindre Ajaccio.


Les potos de rando

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Loïc, Agnès, Patrick, Jérémy, Marie, Agnès, Didier, Sébastien, moi, Céline, Florent et Franck. Sans oublier Michel qui n’est pas sur la photo.

Corsica Natura

Beaucoup de courageux se lancent seuls sur le GR 20. Il n’y a cependant aucun regret à avoir de rejoindre un groupe organisé, ne serait-ce que pour le plaisir de partager cette aventure avec d’autres tout en conservant une certaine liberté. Mais surtout, cela permet de profiter de l’expérience d’un guide qui sait rassurer sur les passages difficiles et qui peut gérer la traversée en évitant toujours les dangers potentiels inhérents à la montagne et sa météo capricieuse.

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